lundi 23 janvier 2012

Laeti aprs le blog


Laeti, décembre 2011

C'est ici que ce blog prend fin.

Tout commence il y a trois ans, le 20 janvier 2009 :

  • Laeti est entre la vie et la mort, 
  • Les médecins engagent leur pronostic, 
  • Paul-Arthur rêve d'une dame écrasée sur un trottoir, 
  • Philippine est seule dans un monde qu'elle découvre à peine,
  • Nos amis, nos proches sont là, nombreux, assommés. 

Les premières minutes sont interminables. Chacune peut être la dernière. Les machines, les odeurs, les alarmes. L'angoisse absolue et en même temps la confiance. Une espèce de sérénité improbable.

La situation évolue d'abord d'heure en heure. Les messages sont alors nombreux sur ce blog. Ils tracent presqu'en direct la courbe de vie de Laeti. Des hauts, des bas. Une première étape de dix jours où elle peut mourir à tout instant.

Puis, l'urgence se fait moindre. Laeti est toujours en réanimation mais on le sait, elle vivra, c'est officiel. De là où l'on vient, cette phase ressemble à des vacances. Les messages sont alors quotidiens.

Puis Laeti quitte la réanimation pour une chambre d'hôpital classique. On sourit. Il est même question que Laeti rencontre Philippine pour la première fois. Refusé mais c'est pas grave, on s'éloigne de l'horreur. On découvre les séquelles de Laeti. Plusieurs messages par semaine.

Puis les Invalides. Neuf mois sous le dôme doré pour réapprendre les fondamentaux. La route est longue. C'est le temps des premières fois. Tout nous émerveille. Tout n'est que re-naissance. La vie quotidienne est une succession d'évènement exceptionnels. Deux ou trois messages par semaine.

Puis le retour à la maison. Les débuts difficiles. La réalité d'un univers inadapté. La reconquête des enfants. Une fatigue épuisante. Le temps passe et Laeti progresse - c'est le maître mot - donc par petites touches, ça devient plus facile. Quelques messages par mois.

Et puis, depuis six mois : presque plus de messages. Sans doute parce qu'il n'y a plus grand chose à ajouter désormais. Le seul objet de ce blog était de donner les dernières nouvelles de Laeti. Répéter en boucle à longueur de phrases qu'elle progresse donne l'impression de radoter. Et comme nous n'avons jamais voulu nous épancher sur nos aventures familiales, je n'écris plus.

Il est donc temps de mettre un terme à cette belle aventure numérique.

Vous avez été si nombreux à nous lire, à nous écrire, à nous soutenir. Tant de messages nous ont touché, aidé, porté. Dès les premiers jours, alors qu'elle était endormie, très loin, je lui en ai fait lecture.

Ce blog a permis de créer une belle communauté autour de Laeti. Notamment spirituelle. Les nombreuses veillées n'auraient pas pu avoir lieu sans ce site. Elles ont été des moments de paix.

Ce blog, je crois que j'en avais besoin. Durant les premiers mois de cette aventure, écrire m'a servi de psychanalyse. M'exprimer ainsi sur la place public, me savoir lu, me savoir soutenu, sentir ainsi cette compassion... tout cela m'a permis de passer cette épreuve sans avaler un somnifère ni un anxiolytique. Une excellente thérapie.

Ce blog, aussi, a permis de consigner en détails, avant que la mémoire ne les oublie tout ce qui nous est arrivé durant ces trois années. Tout ne fut pas mis en ligne, mais beaucoup. Certaines lignes, elles, resteront dans notre carnet intime. Nous relirons ces lignes avec Paul-Arthur et Philippine qui seront curieux, peut-être un jour, de revivre le film des évènements. Cette chronique les y aidera.

Aujourd'hui, Laeti va bien. Je l'admire. Sa force est exemplaire.

Mais je préfère ne pas faire ici un dernier état des lieux de ses compétences. Une procédure judiciaire est en cours et il est préférable de s'en tenir à un certain devoir de réserve. Une nouvelle expertise aura lieu dans les prochains mois pour évaluer la nature et le montant des préjudices. Nous ne souhaitons pas que des choses écrites ici puissent se retourner contre nous.

Cette bataille juridique fut longue mais elle est nécessaire. Nous savons désormais très officiellement que Laeti n'en serait pas là si la maternité avait fait son travail. Sa responsabilité est engagée. Philippine n'est pas la cause de l'accident de sa maman. Paul-Arthur ne peut pas croire que c'est à cause de sa soeur que sa maman a eu cet accident. Ces conclusions ont une valeur inestimable. Elles sont fondatrices pour l'avenir de nos deux enfants.

Vous pouvez imaginer une Laeti heureuse, entourée de ses deux enfants. Certes, elle n'est pas comme avant, mais ils l'aiment ainsi. Moi aussi.


Laeti me fait part régulièrement de son envie d'écrire un jour un livre pour raconter son histoire. Celle d'avant son accident, elle a des choses à dire. Et celle d'après. Elle en est aujourd'hui incapable. Mais demain, qui sait ?

Ce qui serait formidable avant cela, ce serait qu'elle reprenne la rédaction de ce blog. J'en ai assez fait, je lui passe le témoin avec plaisir.

Alors n'hésitez pas à refaire une petite visite de temps à autres. Peut-être un jour : le premier message de Laeti...

Merci à tous. Merci pour tout.

Et surtout, merci Laeti.





dimanche 11 décembre 2011

Hyperactivité

Depuis le dernier message en date, il y a presque deux mois, nous avons fait avec Laeti et les enfants preuve d'hyperactivité. Vaucluse, Alpes de Haute Provence, Ile de Ré, Baie de Somme, Alsace... Cela ne nous a pas laissé beaucoup de temps pour vous donner les dernières nouvelles.

D'autant que notre idée n'est pas de faire la chronique des affaires familiales. Mais bien de parler de Laeti et de ses progrès.

Dans quelques jours, nous partons au pied du Mont Blanc pour les vacances de fin d'année. L'occasion de prendre le temps d'écrire un nouveau message détaillé. Un dernier, pour la route.


dimanche 16 octobre 2011

1000 jours au Louvre

Hier, samedi 15 octobre 2011, Philippine fêtait ses mille jours.


Nous avons célébré dignement un événement auquel on ne pense pas assez souvent. La jeune fille était heureuse d'être ainsi au centre des manifestations familiales.

Quelques heures auparavant, nous sommes allés au musée du Louvre pour un programme spécial enfants. Jeu de pistes, découverte ludique oeuvre monumentales. Un grand succès.






Paul-Arthur retiendra surtout l'incompréhensible nudité systématique des statues masculines dans un monde où on lui demande le plus souvent de vivre habillé.



Pour ce genre d'activité, notre situation familiale nous aide franchement. Grâce à la carte handicapée de Laeti, on se gare gratuitement en face du musée, on ne fait aucune queue et on ne paie rien. Cela rend une journée comme hier tellement plus simple. Ce qu'on a fait en deux heures aurait pris le double de temps et aurait fait basculer l'exercice de ludique à ennuyeux pour les enfants.

Il faut bien que peu ou prou notre situation ait quelque avantage caractérisé.

lundi 3 octobre 2011

Premier week-end d'octobre




Il y a un an, nous avons inauguré une idée que nous avons reconduite cette année afin qu'elle devienne un rituel : le "premier week-end d'octobre" en famille. 2010 : Chambord, 2011 : le Morvan. La météo était des nôtres pour accompagner nos pérégrinations bourguignonnes.

C'est bien de se retrouver ainsi tous les quatre. En un an, on mesure le chemin parcouru.

Chambord, octobre 2010

Physiquement déjà, cette photo le prouve, Laeti assume maintenant son bras inerte. Il était en écharpe, il est maintenant à la vue de tous. C'est pas toujours facile. Il est souvent encore discrètement caché dans une poche d'imper. En faisant l'exercice de regarder ces deux photos, je constate également que Laeti a des traits qui se sont affinés. Sans doute les effets d'une vigilance portée à sa ligne. Sans doute aussi les effets d'une molécule qu'elle prend deux fois par jour depuis octobre dernier qui outre ses effets anti-épileptiques a des vertus amaigrissantes. La presse s'en est fait récemment l'échos. Quoi qu'il en soit, je la trouve aujourd'hui plus belle, plus femme.

Depuis un an, et depuis bientôt trois au regard de l'accident, son langage l'inquiète. Je vois les progrès au jour le jour. Ils sont réels. Mais que la montagne est dure à gravir. La grammaire n'est plus son amie. Les conjugaisons lui sont toujours aussi étrangères. Et pourtant, pas à pas, à force d'une travail herculéen, des petites choses reviennent. Elle ne se décourage pas mais elle a besoin de lire dans les yeux de ses proches qu'elle progresse. Je ne cesse de lui dire. Parce que c'est vrai. Parce que elle doit l'entendre souvent pour ne pas se décourager.

Depuis un an, Laeti a surtout remporté une grande victoire, celle de ses deux enfants. C'est la plus importantes car c'est celle qui guide toute sa motivation pour les chantiers de la rééducation.

Il n’empêche que Laeti doute. Elle s'en est confiée hier soir. Elle doute du regard des autres. De celui de ses plus proches, du mien, de celui de ses enfants. Déjà que Laeti a toujours manqué de confiance en elle, mais avec ce qui lui est arrivé, elle ne cesse de se dévaloriser. Alors qu'elle a tant de raisons d'être fière d'elle. A nous tous de le lui répéter sans cesse. Elle l'oublie vite.

dimanche 25 septembre 2011

Lecture avec Paul-Arthur

Pour Laeti, l'une des grandes angoisses ces derniers mois concerne sa capacité à assister Paul-Arthur dans ses devoirs du soir. Lui qui est désormais en CP apprend à lire. Laeti qui est en fin de troisième année de rééducation apprend elle aussi à lire. Le hasard veut que la maîtresse de l'un utilise la même méthode que l'orthophoniste de l'autre. Une méthode semi-globale avec gestes et chants associés aux phonèmes. Ils partagent la méthode. Hier après-midi, ils ont partagé la pratique avec succès. Un bon premier pas des deux côtés.


Exhibitionnisme

Un personnage de cette nature a agacé Laeti vendredi. Dans notre rue. Il avait commencé par importuner une autre jeune-femme qui a pris ses jambes à son cou. Puis a croisé Laeti qui, elle, ne peut pas les prendre. L'homme l'a suivi durant cinq bonnes minutes avant d'aller se réfugier dans notre agence bancaire... Elle n'est pas rentrée seule. Et demain, elle devait aller faire des courses, mais, forcément, elle n'ose pas y aller seule.

vendredi 9 septembre 2011

La rentrée des blogs

Laeti ce matin, 9 septembre 2011 

Philippine et Paul-Arthur ce soir, 9 septembre 2011 

Après trois mois de pause, c'est la rentrée des blogs.

Première chose importante : depuis une semaine, nous avons été informés que la maternité acceptait officiellement les conclusions de la commission qui s'était réunie en avril 2011. En d'autres termes, cela signifie que la maternité reconnait sa responsabilité quant à l'accident de Laetitia. C'est bien et je crois que c'est juste. Cela signifie également que c'est l'assureur de cet établissement hospitalier qui va nous indemniser financièrement. C'est bien aussi.

Mais la procédure entamée il y a plus de deux ans et demi est loin d'être achevée. L'état de santé de Laeti n'est pas encore stabilisé. Il devrait l'être - juridiquement du moins - d'ici début 2012. Notre avocat devra alors ressaisir la commission des accidents médicaux pour qu'elle diligente une expertise médicale définitive de l'état de santé consolidé de Laeti. Le temps de gestion administratif du dossier, la saisine de nouveaux experts, le rendez-vous en lui-même, la rédaction du rapport médical puis la convocation par la commission de toutes les parties en présence avant l'envoi par écrit des conclusions... toutes ces étapes devraient prendre une année. Nous sommes donc début 2013. Puis arrive le temps de la négociation financière de tous les préjudices subis. Six mois. Puis le temps de débloquer les fonds. Six autres mois. Début 2014.

L'accident a eu lieu le 20 janvier 2009. Cinq années de procédure seront donc nécessaires pour toucher les indemnisations pour les préjudices subis. C'est particulièrement long. Sans doute parce que le dossier médical était complexe. Aussi parce que les enjeux financiers sont conséquents.

Cependant, cette étape passée, c'est une page qui se tourne : l'essentiel est reconnu. Laeti est dans cette situation à cause d'une absence de suivi médical dans les 18 heures qui ont suivi la naissance de Philippine. Nos deux enfants le savent, on leur a dit. Quand ils seront plus grands, ils liront ce dossier de quelques 500 pages expliquant les détails de ce qui a conduit à ce drame.


*     *     *


Comment va Laeti ? En cette rentrée des classes : bien.

Les quatre semaines de vacances que nous avons passées tous les quatre ont permis de renforcer considérablement les liens de Laeti avec ses enfants. On ne compte plus les beaux moments qu'elle a passés avec l'un puis l'autre. Ce soir, Laeti me disait que pour la première fois, elle se sentait enfin pleinement maman. Elle le ressent. Mais surtout, elle le perçoit dans les regards de Paul-Arthur et Philippine.

Cette nouvelle victoire n'a pas de prix. Ses deux enfants sont en effet son premier moteur depuis les premières heures de cette très longue rééducation. Les gênes, bien-entendu, sont encore là et elles sont nombreuses. Mais elle a un challenge qu'elle relèvera quel qu'en soit le prix : cette année, son fils est en CP, il va apprendre à lire et à écrire. Inconcevable pour Laeti de ne pas être à ses côtés chaque soir pour l'aider dans ses premiers devoirs à la maison.

Pas évident : la lecture à voix haute est encore inexacte. Même si sa lecture mentale est bonne, Laeti présente encore des troubles de la prononciation, la dyspraxie. Impossible donc de lire une histoire. Mais possible de corriger Paul-Arthur s'il se trompe en lisant un texte. Les troubles de l'écriture spontanée demeurent également même si c'est mieux.

Reposée, non stressée, Laeti fait de spectaculaires progrès de langage spontané. Dernière option en cours progressif de recouvrement : les conjugaisons. C'est insensé à quel point l'usage du "je, tu, nous" est périlleux. Un Everest. Ce doit être une zone cérébrale différente de celle du lexique car cela ne vient que bien après le retour d'un vocabulaire abondant bien qu’incomplet. Je me souviens précisément avoir eu pour objectif à l'été 2009 de lui réapprendre le "je" et le "tu". Deux ans après, les premiers succès. Quelle patience a Laeti. Quelle patience ont ses orthophonistes.


Laeti continue son chemin plus déterminée que jamais. J'entendais l'autre jour à propos du film La guerre est déclarée : "une histoire qui nous apprend comment transformer une fatalité en destin." Je l'appliquerais volontiers à celle de Laeti. Chapeau, une fois encore.






lundi 8 août 2011

Vacances


Laeti est en vacances depuis un mois, en forme.

Après une petite pause de deux mois, dans les prochains jours, les dernières nouvelles de Laeti.